LE RÉSEAU INTERNET

Un réseau mondial de réseaux

Comment fonctionne donc le réseau du réseau des réseaux ? Au début était le WAN, plus « connu » comme Wide Area Network. C’est un réseau informatique. Le plus grand WAN est le réseau Internet qui couvre le monde entier. Ce réseau fonctionne grâce à des routeurs, des boîtes grises au clignotement hystérique qui repartissent les informations dans le réseau pour que rien ne se perde ni ne se transforme. Quand une demande d’ami Facebook est envoyée, elle passe d’abord par une box ADSL qui la renvoie par des câbles vers un « NRA » ou « NRO » (un nœud de raccrochement d’abonnés/optique) puis trouve un routeur qui l’adresse aux serveurs de Facebook en faisant passer les données par notre WAN « Internet ». Voilà maintenant, vous pourrez hocher la tête en lisant les messages d’erreur de votre box.

Km de Câbles
Câbles actifs
Câbles prévus

Au câble

En 1858, quand le premier câble sous-marin transatlantique a été installé, il pouvait s’enorgueillir de réussir à transmettre un mot par minute et c’était une révolution. Depuis les technologies ont évolué et c’est aujourd’hui un réseau de 930 000 kilomètres (presque 3 fois la distance Terre-Lune s’il y avait une route…) qui irrigue la planète numérique. Les informations ne circulent plus à la minute mais à la nanoseconde et se comptent en téraoctets. Le vice-président du centre de recherche Telegeography, Tim Stronge, ajoute que « les 278 câbles en service assurent aujourd’hui 99 % du transport des échanges. Le pourcentage restant est assumé par les liaisons satellites, beaucoup plus coûteuses ». Aussi appelé superautoroute de l’information, ce maillage supporte donc quasiment tous les échanges internationaux et représente des investissements cruciaux pour des pays ou des organisations.

Cette câblerie fait appel à une ingénierie issue notamment de l’industrie pétrolière afin de relier les continents entre eux. Sont alors utilisés des « bateaux câbliers » qui quadrillent la planète pour tirer ces câbles aussi nécessaires que coûteux pour les opérateurs de l’Internet. Depuis quelques problèmes rencontrés avec certaines espèces aquatiques du « voisinage », les câbles sont à 80% enterrés dans les abysses (lire Les dents de la mer).

coupeduncable

Carte mondiale des câbles sous-marins

Carte-bleue copie

Internet : mourra, mourra pas ? 

Dès 1995, certains pères fondateurs de l’Internet prédisaient déjà l’explosion du réseau. Trop de trafic, modèle insoutenable, failles de sécurité, autant de critiques qu’Internet devait intégrer et contourner. Rétrospectivement parlant, ces pessimistes ont eu tort mais ont tout de même soulevé des critiques viables auxquelles le réseau doit faire face. Plus récemment, le professeur Anglais Andrew Ellis a prédit la fin d’Internet en 2023 (Oh my god!). Est-ce bien vrai ? Oui, si la technologie n’évoluait pas alors que le nombre d’internautes connaissait la croissance exponentielle prévue.

L’histoire d’Internet nous montre que la technologie du réseau est en continuelle évolution face au développement de nouveaux usages. L’un ne va pas sans l’autre. Internet mourrait donc en 2023 si la fibre optique actuelle ne voyait pas ses performances et son débit augmenter. Or, qui utilise encore le WAP mobile aujourd’hui ? Vous riez mais pourtant, c’était il y a 5 ans ! Internet ne mourra pas, mais le réseau actuel va disparaitre au profit d’un nouveau plus adapté.

Les dents de la mer

Dans les fins fonds marins cohabitent des poulpes géants, des crabes improbables, le Titanic ou encore des requins. Pour le moment, rien d’étonnant. Mais depuis quelques décennies la famille s’est agrandie avec l’apparition des câbles sous-marins. Ces pipe-lines, où les datas du monde entier résonnent en continu, maillent de plus en plus le fond de nos mers. Rien de plus normal donc que le nouveau venu à vingt mille lieues sous les mers soit un peu chahuté par ses voisins. C’est ainsi que les grands opérateurs de l’Internet sont obligés de faire face à des pannes dues à des morsures de requins. Leurs explications : le champ magnétique et la curiosité mèneraient le squale à saluer – à sa manière – les tubes de l’Internet. On a beau être le meilleur requin à Walt-Street, il faut savoir faire avec tous ses congénères dans la « street ».

Pose de câbles sous marins

Go fast sur les superautoroutes

En 1992, le trafic global d’Internet était de 100Gbit (l’équivalent d’une saison de Game of Thrones en HD) par jour ; en 1997, c’était par heure ; en 2002 par seconde et par 400ème de seconde en 2014. A chaque fois, le hardware (le matériel informatique physique) s’est adapté aux usages avec des technologies toujours plus performantes. Le seuil des 5 milliards d’internautes dans la prochaine décennie va obliger les professionnels du secteur à augmenter le nombre et la puissance de ces superautoroutes. Automatiquement, cela générera une augmentation des gaz à effet de serre émis lors de la fabrication et l’entretien du réseau.

Une autre possibilité plus écologique consisterait à réduire davantage les paquets de données sur le réseau, en réduisant la quantité d’informations utiles à la transmission d’une vidéo ou d’une photo par exemple. Eh oui, la transmission d’une vidéo comporte des informations invisibles pour l’utilisateur comme les cookies par exemple. Ces nouveaux formats allégés ne sont malheureusement pas encore vraiment au point.

Avant le bit, il y a eu le bip

Il était une fois, un département de recherche militaire aux Etats-Unis. Nous sommes en 1957 et la guerre froide fait rage (pas trop du coup). Les camarades soviets réussissent à envoyer un satellite dans l’espace. Satellite est un bien grand mot, l’objet fait bip, bip … Les Russes se félicitent alors de faire peur aux ennemis de l’Ouest vendus au capital. Réussite inacceptable pour les Américains qui décident d’investir dans l’innovation et créent cette agence de recherche spécialisée.

Les Américains travaillent alors sur des ordinateurs dont la puissance est équivalente à une calculatrice de poche d’aujourd’hui. A l’époque, le format de ces ordinateurs n’est en revanche pas de poche ce qui oblige les ingénieurs à mutualiser les appareils. Au fils des années, les chercheurs commencent à relier les ordinateurs entre eux. Plus tard dans les années 1970, les Universités américaines commencent aussi à utiliser ce réseau pour partager leurs découvertes. Il se crée alors des jonctions entre les différents réseaux informatiques locaux. C’est le début d’Internet, soit la mise en commun de différents réseaux d’abord aux USA puis en Grande-Bretagne et en France. Les années 1990 marquent un tournant historique avec l’avènement du World Wide Web qui permet le partage rapide d’informations. Il n’y a alors que quelques millions d’utilisateurs dans le monde. La baisse des prix du matériel, la mondialisation et l’intérêt d’un réseau virtuel globalisé mèneront Internet à devenir le réseau mondial que l’on connaît aujourd’hui.

La tête dans le cloud

De plus en plus nomade, l’internaute s’attache de moins en moins à ses terminaux. C’est en ayant toutes ses données sur le cloud que l’internaute navigue aujourd’hui. Ce nouveau modèle d’accès aux contenus s’illustre notamment par la disparition progressive des ports USB et autres lecteurs de CD-Rom. Alors que la promesse du Personal Computer (PC) était justement d’avoir avec soi son bureau de travail, le cloud computing mène à une dématérialisation totale. Ce n’est plus le contenant qui importe mais uniquement le contenu. Possible conséquence sociologique d’une génération qui tient moins à la propriété, l’internaute nomade court de point de connexion en point de connexion.

Cette tendance se traduit logiquement par une augmentation du trafic sur les réseaux et une prise d’importance des routeurs, box ADSL et autres relais 4G. On compte aujourd’hui 800 000 millions d’équipements réseau actifs et 3 milliards d’internautes ce qui fait 20 terminaux connectés pour un équipement réseau. Et ce n’est qu’un début car les objets connectés et le nomadisme vont donner au réseau comme au data-center les premiers rôles dans cette économie de l’information qui efface le terminal au profit de la donnée.

Alors que la partie réseau représente aujourd’hui 28% des rejets de gaz à effet de serre du secteur de l’informatique, il est très probable que son impact environnemental augmente en proportion car c’est la partie la plus infiltrée et donc la moins visible dans notre quotidien d’internaute.

tetedanslecloud

Les maçons du web {vocabulaire}

Avant Internet, les entreprises étaient dites Brick & mortar, c’est-à-dire physiques. Mais ça, c’était avant. Aujourd’hui, Internet a permis le développement de sociétés dites pure player, c’est-à-dire 100% en ligne. Elles vendent par exemple des services publicitaires ou des mises en relation (Facebook). Quand nos Brick & mortar se sont rendu compte qu’elles passaient à côté d’un tournant économique majeur, elles ont embrassé la transformation numérique en devenant alors Click & mortar; soit de clics et de mortier. Les économistes observent aujourd’hui que le modèle Click & mortar attire autant les pure player que les Brick & mortar. Ainsi, Google (pure player) vend des lunettes et bientôt même des voitures quand la Fnac (Brick & mortar) vend des livres numériques sur Kindle.